SPECIAL FX

Special FX: Urwerk UR-106 Lotus et Black Lotus

3 janvier 2017

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Urwerk fait partie des marques indépendantes qui comptent comme l’atteste sa présence au sein du Carré des Horlogers du SIHH (Salon International de la Haute Horlogerie de Genève). Fondée en 1997 par Felix Baumgartner et Martin Frei, respectivement maître-horloger et designer, Urwerk a développé depuis un style unique fondé sur la réinterprétation du principe de l’heure vagabonde. Il est toujours amusant de constater que lorsque je porte une montre Urwerk, elle suscite immédiatement beaucoup de commentaires… notamment de la part de la gent féminine! Elle attire l’oeil mais elle intrigue aussi et la question qui vient immanquablement est de savoir comment se lit l’heure. Et pourtant, l’heure vagabonde n’est pas un affichage inventé récemment. Il existe même depuis le XVIIième siècle puisqu’Urwerk puisa son inspiration dans la Pendule de Nuit des Frères Campanus datant de 1652! Une pendule reprenant le même principe, celui d’un guichet affichant l’heure et rappelant la course du soleil en suivant un arc de cercle est également visible au Musée du Capitole à Rome.

J’aime beaucoup cet affichage du temps qui est à la fois ludique et paisible. Après quelques minutes pour s’y habituer, la lecture du temps devient aussi rapide qu’avec le système traditionnel à aiguilles. Il suffit de regarder la position de l’indicateur des heures le long de la graduation des minutes pour lire en un seul coup d’oeil toutes les informations. Avec de la pratique, on oublie même les graduations pour se focaliser uniquement sur la position de l’indicateur des heures et appréhender avec une certaine précision les minutes. Au fil du temps, Urwerk a développé différents mécanismes impliquant des aiguilles  télescopiques ou rétrogrades. Mais la base reste la même. L’heure vagabonde demeure et chez Urwerk, elle prend la forme d’une heure satellite car utilisant plusieurs satellites qui tournent sur eux-même et autour d’un carrousel central.

J’ai rencontré Felix Baumgartner il y a quelques semaines à Londres lors du SalonQP et nous avions eu l’occasion de parler d’horlogerie féminine. Pour lui, le constat est clair: son potentiel est important et beaucoup de concepts restent à inventer et à développer pour répondre à l’attente de cette clientèle exigeante. C’est la raison pour laquelle il a envie qu’Urwerk soit de plus en plus impliqué dans ce segment. L’UR-106 Lotus (ou Black Lotus) s’inscrit dans ce contexte en devenant la première montre de la collection dédiée aux femmes. Certes, Urwerk s’était déjà adressé à elles par le passé, me rappelant notamment  une UR-101 Star Diamond dont le boîtier avait été gravé par Jean-Vincent Huguenin et serti de diamants. Mais il s’agissait d’une adaptation d’un modèle existant et non d’un développement spécifique.

La création d’une montre féminine est un vrai défi pour Urwerk car un travail significatif de réduction des proportions doit être mené afin que le boîtier soit aisément portable sur un poignet fin et délicat. Cela suppose que tout le mécanisme d’affichage, le carrousel et les satellites des heures soient revus afin de tenir compte de cet espace plus limité. D’ailleurs, la différence fondamentale entre cette UR-106 et ses équivalentes masculines comme l’UR-105 ou précédemment l’UR-103, c’est qu’elle utilise 3 satellites portant 4 chiffres alors que les montres masculines mettent en scène 4 satellites à 3 chiffres. L’animation de l’affichage est différente même si la lecture de l’heure reste identique. A noter que le mouvement automatique qui anime le mécanisme d’affichage est un calibre Girard-Perregaux ayant une réserve de marche de 48 heures.

Le carrousel et les satellites des heures, réalisés en titane sablés et satinés main dessinent une forme de fleur de lotus en constante évolution en fonction du temps qui passe. Le rendu visuel est élégant et raffiné tout en préservant la lisibilité des informations. La graduation des minutes est également spécifique puisqu’un rail dentelé se détache de la zone dédiée aux chiffres. La raison de l’utilisation de ce rail suspendu est de permettre de loger  l’affichage des phases de lune au second plan. J’aime beaucoup l’idée de compléter les fonctions de cette montre avec cette complication lente et poétique qui, au-delà de son intérêt esthétique (le bleu des phases de lune est en lapis-lazuli) est en cohérence avec l’affichage. L’heure vagabonde évoque la course du soleil, quoi de plus normal finalement de l’accompagner par les phases de lune?

Cette dualité se retrouve aussi dans  les deux versions de l’UR-106: l’UR-106 Lotus est claire et lumineuse grâce à son boîtier en acier sertis de diamants. L’UR-106 Black Lotus est son opposée et son côté sombre, obtenu grâce au traitement du boîtier en PVD noir et au sertissage de diamants noirs, n’en demeure pas moins tout aussi séduisant. Chacune de ces montres a été produite à 11 exemplaires et il est intéressant de remarquer que malgré leur base similaire, elles dégagent des sensations très différentes. J’ai toujours un faible pour l’Urwerk lumineux mais je dois avouer que le côté obscur m’attire beaucoup dans le contexte de l’UR-106. Les diamants noirs offrent des reflets discrets et malicieux et la dominante sombre permet également de réduire la taille perçue.

Le fond du boîtier en titane donne l’opportunité d’apprécier le travail effectué sur la couronne sertie. Martin Frei l’a dessinée avec beaucoup de soin afin de pouvoir la tirer en la poussant avec le pouce et éviter ainsi un accident avec un ongle. Et c’est ce genre de détail qui prouve la profondeur de la réflexion menée par Urwerk. L’UR-106 est certes une montre originale mais elle doit être facile à vivre et à porter par une femme. Je retrouve d’ailleurs cet aspect dans l’ergonomie du boîtier et la façon avec laquelle il se pose sur le poignet. L’UR-106 n’est pas une petite pièce avec une largeur de 35mm et une longueur de 49,4mm. Mais les attaches du bracelet sont situées sous le boîtier ce qui évite à la montre d’occuper une place trop importante.

L’UR-106 est pour moi le parfait exemple de qu’est une montre féminine aboutie de la part d’une marque indépendante. Elle est originale, créative, offre un affichage alternatif du temps et suscite de nombreuses émotions et réactions. Mais je retiendrais surtout l’absence de compromis. L’UR-106 a été entièrement repensée, la qualité de son exécution est sans faille et elle se distingue nettement de ces équivalentes masculines. C’est la raison pour laquelle Felix Baumgartner et Martin Frei ne pouvaient pas rendre un plus bel hommage aux femmes.

– François-Xavier Overstake, Equation du Temps

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